
LES AMIS DE L’HISTOIRE DE SAINTE-GENEVIÈVE-DES-BOIS
" CLIN D'OEIL "
Découvrez dans cette nouvelle rubrique mensuelle un fait divers, une anecdote ou un personnage lié à Sainte-Geneviève-des-Bois ou ses environs.

FEVRIER 2026
Quand la petite histoire rejoint la grande….
L’ exposition universelle de 1867 qui se tenait sur le Champ-de-Mars à Paris fut l’occasion pour l’empereur Napoléon III* d’accueillir diverses têtes couronnées dont le tsar Alexandre II**.
Le 6 juin, celui-ci, accompagné de ses deux fils, se trouvait en voiture découverte en compagnie de Napoléon III, en route vers une revue des troupes au bois de Boulogne, lorsqu’il fut victime d’une tentative d’assassinat.
Il en sorti indemne et l’auteur de l’attentat fut arrêté immédiatement***.​​
Durant le mois de juin de nombreuses

Image d’Epinal illustrant l’attentat du 6 juin 1867
communes se manifestèrent pour réprouver l’attentat et témoigner de leur indignation.
Sainte-Geneviève-des-Bois fut particulièrement réactive car son maire, Hippolyte Cocheris, convoqua les membres du conseil municipal en séance extraordinaire dès le dimanche 9 juin à 14 heures, afin de délibérer « pour formuler une adresse à sa Majesté l’Empereur [Napoléon III], au sujet de l’odieux attentat du 6 juin 1867 ».
Cette séance se déroula comme suit, d’après son compte-rendu :
« M. le Maire annonce à l’assemblée qu’un attentat a été commis sur la personne de l’Empereur de Russie et qu’il croit convenable de rédiger une adresse à sa Majesté l’Empereur pour lui exprimer la part que les habitants de la commune ont pris à ce fâcheux évènement.
Le conseil municipal décide qu’il sera envoyé immédiatement à l’Empereur l’adresse suivante :
Sire, le conseil municipal de Ste Geneviève des bois n’a pas appris sans une vive émotion l’acte insensé qui a failli coûter la vie à l’un des augustes hôtes de votre Majesté.
Il n’est permis à personne, pour quelque cause que ce soit, d’attenter à la vie de son semblable, à plus forte raison de ceux que la Providence a chargé du grand et noble rôle de Père de la Patrie.
La Capitale d’un pays hospitalier comme la France ne pouvait être le témoin indifférent d’un crime aussi odieux dans son principe qu’il eût été terrible par ses conséquences.
Le conseil municipal de Ste Geneviève, heureux de n’avoir à déplorer qu’une tentative sans résultat s’associe aux douloureuses émotions qu’a dû éprouver l’Empereur, et le prie d’agréer l’hommage du profond respect avec lequel ses membres ont l’honneur d’être, de sa Majesté, les très humbles et très obéissants serviteurs. »

Signatures du compte rendu de la séance extraordinaire du dimanche 9 juin 1867 par le maire Hippolyte Cocheris et les conseillers municipaux présents
Le conseil décida que cette lettre serait envoyée immédiatement au ministre de l’intérieur afin d’être remise à l’Empereur Napoléon III et qu’une copie de leur délibération serait adressée au sous-préfet. La séance, dont la rédaction de l’adresse à l’empereur constituait l’unique ordre du jour, fut levée à 14 heures 45, après signature du compte rendu de la séance par tous les présents.
L’indignation du maire et de ses conseillers semble sincère, même si du fait du contrôle étroit exercé par les préfets sur les communes sous le troisième empire (ce sont eux qui nomment les maires), mieux valait faire preuve d’empressement et d’attachement au régime dont les candidats étaient évidemment favorisés. Lors de leur installation, les nouveaux maires devaient d’ailleurs faire allégeance non seulement à la constitution mais également à Napoléon III.
Ainsi le 24 septembre 1865, Hippolyte Cocheris, « nommé maire de la commune de Ste-Geneviève-des-Bois par arrêté du préfet de Seine-et-Oise en date du 15 septembre » (il s’agit de son premier mandat, il en fera 3 autres, dont le dernier interrompu par son décès), avait prêté le serment suivant : « Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’empereur », puis avait reçu le même serment d’Henri Delagenière nommé adjoint par le même arrêté. Ces formalités remplies, le Maire et l’adjoint régulièrement installés pouvaient entrer en fonction conformément à la loi.
Hippolyte Cocheris avait alors adressé quelques mots aux conseillers municipaux sur les devoirs que lui imposait sa nouvelle charge et « sur la nécessité d’une entente cordiale parfaite entre eux et lui », suggérant ainsi l’existence de divergences entre les différentes parties, qui ne semblèrent cependant pas empêcher une belle unanimité dans la rédaction, deux ans plus tard, de la lettre du conseil municipal à l’empereur.
Notes :
* Louis-Napoléon Bonaparte, neveu de Napoléon Ier, emporta les élections après la révolution de 1848 et devint le premier président de la République française avant d’organiser un coup d’état fin 1851 et de se faire proclamer empereur en 1852 sous le nom de Napoléon III.
** Alexandre II fut tsar de Russie de 1855 à 1881. Il fut l’objet de 12 tentatives d’assassinat dont la dernière entraîna son décès le 13 mars 1881.
*** Antoni Berezowski, était un patriote polonais qui tenta à 20 ans d’assassiner le tsar pour libérer sa patrie. Sérieusement blessé à la main par l’explosion du canon de son arme, il fut immédiatement arrêté. Défendu par l’avocat Emmanuel Arago, il sauva sa tête, ce qui entraîna des tensions entre la France et la Russie, et fut condamné au bagne et déporté sur l'île de Nou en Nouvelle-Calédonie. Amnistié par le gouvernement Clemenceau en 1906, il resta en Nouvelle-Calédonie et mourut 10 ans plus tard à l’hôpital du Marais sur l’île de Nou en état d'aliénation.
Sources :
- Comptes-rendus du Conseil Municipal de Sainte-Geneviève-des-Bois des années 1865 et 1867
- Lettres à l’empereur envoyées par diverses communes :
- Bethune
- Antoni Berezowski : https://criminocorpus.hypotheses.org/138579
- Les maires sous le troisième empire :
https://clespourlhistoire.ac-besancon.fr/le-president-de-la-republique-nomme-les-maires/
https://www.francegenweb.org/mairesgenweb/documents.php
- Image d’Epinal : Wikimedia commons et le musée de l'image de la ville d'Epinal
JANVIER 2026
Une horloge pour tous les génovéfains !
Au XIXe siècle, seules les personnes ayant une certaine aisance possédaient une montre. Dans les campagnes, les moins riches, paysans et artisans, comptaient sur la course du soleil et les cloches sonnant les offices et les prières au long de la journée pour se repérer, car tous les villages ne possédaient pas une horloge sonnant les heures.
Ce fut le cas de Sainte-Geneviève-des-Bois où, jusqu’au début des années 1860s, aucune horloge publique ne rythmait la vie des habitants.​
Le 5 juillet 1863, les membres du conseil municipal de notre commune, réunis en conseil extraordinaire sous la présidence du Maire Louis Michel Bisson « reconnaissant le besoin tant pour le pays que pour les nombreux ouvriers qui travaillent dans les champs ou dans les bois d’une horloge placée à l’église demandent que la commune soit autorisée à s’imposer extraordinairement en 4 années pour l’acquisition d’une horloge et du placement à en faire à l’église. »
A cet effet est votée la somme de 1888,19 francs* pour cette acquisition avec intérêts à 4 ½ % à payer au fournisseur, recouvrable en 1864, 1865, 1866 et 1867 par tranches de cinq cents francs pour chacune des trois premières années et 388,19 francs pour la 4e année.

Comme on le voit, cette horloge, jugée nécessaire pour le bien public, constituait une grosse dépense pour la commune, alors petit village de 300 habitants au budget serré l’obligeant parfois à reporter certaines dépenses non essentielles, puisqu’elle la paie en 4 fois, avec intérêts. A cela s’ajoutait annuellement le salaire du « monteur d’horloge » (qui s’occupait de la remonter régulièrement) et son entretien.
On peut imaginer la satisfaction des habitants lors de l’installation de l’horloge dans l’église, alors située à l’emplacement du parking du magasin Carrefour, qui allait leur permettre de connaître l’heure tout au long de la journée en sonnant les heures.
Ancienne église de Sainte-Geneviève-des-Bois
Malheureusement, en août 1875, la foudre frappa le clocher de l’église. Le 30 octobre 1877, le conseil municipal, présidé par le maire Hippolyte Cocheris, décida de donner priorité à la construction du clocher de la nouvelle église destinée à remplacer l’ancien édifice trop endommagé, afin de profiter de la présence d’échafaudages pour y transférer directement l’horloge et la cloche, évitant ainsi des frais supplémentaires.

Cadran de l'horloge
de l’actuelle église Sainte Geneviève
Une somme de deux mille francs fut donnée à la fabrique (association paroissiale dont le conseil gérait les biens de l’église) « pour participer à la construction du clocher, à la condition que l’horloge soit remontée de façon à être établie sur deux pans du clocher et visible dans les champs situés au midi et à l’occident de l’église. » (c’est-à-dire au sud et à l’ouest).
Cependant un mois plus tard, le 18 novembre 1877, la condition imposée de faire deux cadrans fut remplacée par l’obligation suivante, probablement en raison des coûts liés à un deuxième cadran alors que les dégâts occasionnés à l’horloge et son cadran par la foudre entraînaient des dépenses supplémentaires: « la fabrique devra se charger des travaux de réparation, de dépose et de repose de l’horloge et du cadran. »â€‹â€‹
De nos jours une horloge donne toujours l’heure sur la nouvelle église construite en 1877, dont l’architecture intègre un emplacement spécifique pour son cadran sur la façade.
​* Environ 4500 €â€‹
​​​Sources :
- Registre des procès-verbaux du conseil municipal de Sainte-Geneviève-des-Bois année 1863 et 1877
- https://www.horloge-edifice.fr/Histoire/Histoire_Sociale.htm
- Carte postale ancienne : collection privée